Fausse convocation judiciaire : l’e-mail qui vous accuse pour vous faire payer
Un document aux couleurs de la gendarmerie vous accuse de faits très graves et propose une amende pour éviter les poursuites : ne répondez surtout pas.

Un courriel affirme que vous êtes convoqué pour des faits de pédopornographie. Le document affiche des logos officiels, cite des articles de loi et porte la signature d’un haut responsable. Quelques lignes plus bas, une solution apparaît : payer rapidement une prétendue amende pour régler l’affaire « à l’amiable ». La violence de l’accusation est précisément le moteur de l’arnaque.
Depuis plusieurs semaines, les forces de l’ordre constatent une forte hausse de ces fausses convocations judiciaires. Le scénario n’est pas nouveau, mais sa présentation s’est améliorée. Les fautes grossières ont parfois disparu, les références juridiques semblent crédibles et les identités de la Justice, d’Europol, de la police ou de la gendarmerie sont copiées avec soin.
L’escroc cherche d’abord à provoquer un choc. Face à une accusation aussi grave, la victime peut avoir peur pour sa réputation, hésiter à en parler à ses proches et vouloir faire disparaître le problème immédiatement. Cette honte imposée isole et empêche de demander un second avis. Pourtant, recevoir ce message ne signifie pas que votre ordinateur a été analysé ni qu’une enquête vous vise. Le même document est envoyé à grande échelle.
Une procédure judiciaire réelle ne se règle pas par le paiement improvisé d’une amende après un échange de courriels. Les forces de l’ordre ne proposent pas d’abandonner une accusation pénale contre un virement, des coupons ou un paiement en ligne. Un montant précis, un numéro de dossier et un cachet ne transforment pas le document en convocation authentique.
L’adresse d’expédition constitue un indice important. Un message qui prétend venir de la Gendarmerie nationale sans utiliser un domaine officiel se terminant par @interieur.gouv.fr est frauduleux. Attention toutefois : le nom affiché dans la boîte de réception peut être modifié et une adresse ressemblante peut remplacer une lettre ou ajouter un tiret. La présence apparente d’un domaine sérieux ne doit donc jamais vous pousser à répondre ou à payer.
Ne répondez pas, même pour nier les faits ou demander une explication. Une réponse confirme que votre adresse est active, que vous avez lu le message et que le sujet vous atteint. Elle peut déclencher des relances plus insistantes, un appel d’un faux enquêteur ou une demande de documents pour prétendument vérifier votre identité.
N’ouvrez pas les pièces jointes et ne cliquez sur aucun lien. Le document peut n’être qu’un PDF inerte destiné à impressionner, mais il peut aussi renvoyer vers une page de paiement frauduleuse ou tenter d’installer un logiciel malveillant. Si vous souhaitez conserver une preuve, gardez le courriel dans votre messagerie sans manipuler ses fichiers et réalisez une capture d’écran.
Évitez également de publier la convocation complète sur les réseaux sociaux. Elle peut contenir votre adresse électronique, un identifiant ou d’autres informations personnelles. La repartager amplifie aussi les logos et coordonnées utilisés par les fraudeurs. Si vous voulez prévenir vos proches, masquez toutes les données et expliquez le mécanisme sans relayer le fichier ni ses liens.
En cas de doute, interrompez tout contact et choisissez vous-même votre canal de vérification. Appelez le commissariat ou la brigade de gendarmerie avec un numéro trouvé sur un annuaire officiel, ou présentez-vous sur place. N’utilisez jamais le téléphone indiqué dans le courriel : il peut conduire directement à un complice qui confirmera la fausse procédure.
Signalez ensuite le message à la plateforme d’assistance aux victimes de cybermalveillance avant de le supprimer. Conservez l’adresse complète de l’expéditeur, l’objet, la date, les éventuelles coordonnées de paiement et les relances. Ces éléments peuvent contribuer aux rapprochements effectués par les enquêteurs.
Si vous avez déjà payé, contactez immédiatement votre banque. Demandez si le virement peut être bloqué ou rappelé et signalez l’opération comme frauduleuse. Conservez le reçu, l’IBAN, le nom du bénéficiaire et l’ensemble des échanges, puis déposez plainte. Ne versez rien de plus à une personne qui promet de récupérer l’argent : les victimes sont souvent ciblées une seconde fois par de faux services de remboursement.
Si vous avez transmis une pièce d’identité, un justificatif de domicile ou des coordonnées bancaires, surveillez les usages qui pourraient suivre. Sécurisez d’abord votre messagerie avec un mot de passe unique et la double authentification. Informez votre banque si des données financières ont été communiquées et gardez une chronologie précise en cas de tentative d’usurpation.
Le bon réflexe tient en trois gestes : ne pas répondre, ne rien payer et vérifier par un canal officiel choisi indépendamment. Une accusation conçue pour vous faire paniquer perd une grande partie de son pouvoir dès que vous refusez l’urgence et que vous demandez un second avis.
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